Cher.e.s collègues,
Je vais écrire au fil de mes pensées, alors ne m'en veuillez pas si je suis parfois maladroite. Je viens de lire une interrogation de la part de l'un de vous qui m'a parue intéressante et je vais tenter d'y répondre le plus honnêtement possible. La question était : " Pourquoi certains collègues ne se mobilisent-ils pas?" Cette réponse n'engage que moi, jamais je ne m'autoriserai à parler aux noms des autres. Pourquoi je ne me mobilise pas alors que je suis révoltée contre l'EN?
La principale raison est liée à la lassitude.
- Je suis fatiguée de vivre dans un pays moderne et riche qui ne prend pas en considération les enfants les plus démunis affectivement, intellectuellement, socialement, économiquement.
- Je suis fatiguée par cet Etat malade de ses contradictions : on doit accueillir les enfants en situation de handicap, c'est la loi, mais nous n'avons aucun moyen pour les aider, alors les parents se révoltent contre nous, mais pas contre le ministre, ils se trompent de cible.
- Je suis fatiguée de compter chaque jour mon argent ( je suis maman solo avec 3 enfants à charge) et de trembler à chaque fois que je vais consulter mon compte en banque.
- Je suis fatiguée de ne pouvoir partir en vacances alors que j'en ai plein mais que je n'ai pas les moyens de m'en offrir.
- Je suis fatiguée de donner toute mon énergie à des enfants pour essayer de les mettre en situation de réussite, et que le seul avenir qu'on leur propose soit le chômage,
- Je suis fatiguée d'être passionnée par mon métier, ma matière, d'essayer de transmettre mon enthousiasme et mon amour de la culture. C'est épuisant la passion, mais je ne sais pas faire les choses à moitié.
- Je suis fatiguée de pousser des cris d'alarmes au près de mes amis, collègues, élèves, parents d'élève et que personne ne m'entende.
- Je suis fatiguée par l'individualisme croissant de notre société qui s'oppose sans cesse à mes convictions humanistes et altruistes.
- J'aime mon autonomie dans ce travail et ma liberté quand je suis face à mes élèves ( je n'ai toujours fait que ce que je voulais) mais le prix à payer me semble être parfois l'isolement.
- Je suis fatiguée de proposer à des collègues de collaborer et de m'entendre dire "oui avec plaisir" et de ne jamais trouver de date possible pour que cela soit possible.
- Je suis fatiguée de n'avoir aucun interlocuteur régulier qui me valorise, me dit que ce que je fais est bien.
- Je suis fatiguée par la noirceur de ce pays si beau, si riche et qui pourrait faire tellement mieux.
- J'ai l'impression de dépenser toute mon énergie pour mes élèves et cela semble avoir de moins en moins de sens pour eux, leurs parents, mon employeur, alors au final, je n'ai plus la force de lutter pour mes intérêts.
- Je réfléchis de plus en plus à quitter ce navire, mais figurez vous que je souffre d'un sentiment de culpabilité à cette idée. Je sais, je ne suis pas Mère Thérésa, je ne sauverai pas la planète, mais j'essaie d'apporter ma toute petite pierre à l'édifice et si je l'enlève qui le fera?
Alors voilà, je ne me mobilise pas parce que je ne crois plus qu'il soit possible de sauver quoi que ce soit, et que je me sens incroyablement seule dans ce métier, parce que j'ai conscience d'être une marionnette dans les mains d'un ministre tout puissant qui ne raisonne qu'à court terme et à l'envers : lorsque j'ai préparé le concours on m'a appris que pour monter une séquence de cours il fallait commencer par l'objectif final puis procéder par un rétro calendrier. Pourquoi avoir commencé par réformer le primaire quand l'objectif final est la réforme du Bac et Parcoursup? N'aurait-il mieux pas valu commencer par réformer l'université puis le lycée, puis le collège et enfin le primaire, on aurait ainsi pu tendre vers un même objectif? Bref le système marche à l'envers. Autre exemple, la menace de supprimer les allocations familiales aux parents d'enfants violents: on sanctionne par l'argent un phénomène sociologique sans chercher à en comprendre l'origine et sans soigner le mal à la racine.
Alors pardon d'avoir été si prolixe, pardon de m'être étalée sur mes problèmes de femme appartenant à la classe moyenne qui a la chance de vivre au chaud et de pouvoir nourrir ses enfants mais qui se demande combien de temps encore elle va pouvoir tenir le coup. Je ne cherche pas à me faire plaindre, j'expose juste les raisons pour lesquelles aujourd'hui je ne combats pas.

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